On parlait de bouffes
on causait politique
on s'faisait des bouffes
dans des p'tits bistros
en parlant des gens
et de leurs tourments
Parfois tu disais le mal qui te taraude
je te "raccrochais" par mes anecdotes
t'étais mon copain au féminin
On n'a jamais couché
(même si on y a pensé
quand la solitude pesait)
Témoin de ma plus belle alliance
par procuration because "alitance"
Bécaud chantait - années cinquante -
"c'était mon copain, c'était mon ami..."
elle est bien raide la pente
maintenant qu't'es partie
Myriam à Tel Aviv
s'est enfuie voir les siens
avant de s'endormir
Nuitamment vers Paris
ton frère et ta fille/nièce
étaient à tes côtés
avant que tu t'essouffles...
J'ai pas fait ce dernier voyage
mais si c'est pour qu'ils soient là
ben tu vois c'est même pas grave
La famille a suivi les copains !
Salut la Jos à un d'ces jours,
chez moi tu resteras toujours.
Le Torquesne, le 29 juillet 2013
Chimio
de la chimie à la médecine
je vois quinze fauteuils alignés
des goutte à goutte comme à l'usine
distillent leurs poisons certifiés
s'est enfui Riquet à la Houppe
de ce royaume des perruques
y'a pas de cheveux dans la soupe
et pas d'potage quand on éructe !
ici on n'a qu'une seule envie
celle de s'accrocher à la vie
même sans raison juste comme ça
faut pas faux pas baisser les bras
pont l'évêque, le 15 mai 2013
Deux yeux qui roulent
noisettes en cagebougeant visage
Tout un relief
un brin de trèfle
que parfumeraient
cloches de muguets
d’a-normal
n’intervient
Opale
L’élan enlace
envole sans trace
deux inconnus
deux êtres à fables
au loin des tables
enveloppés
dans la fumée
Cigarette
Réchauffés
et dorés
Soleil
Quand l’un retombe
sur terre
l’autre à l’oeil d’ombre
le serre
l’aspire en trombe
Eclairles « repadaffairant »
qui respirent les con
venances et les con
sternations « et zut
encore une minute
où je n’travaille pas »
sont loin de l’éclat
Le Havre, le 20 mars 1997.
Le cirque est là !
Sous le grand chapiteau
Une fille aux yeux d’orEnvole ses rêves si haut !
Il peut pleuvoir dehors...
Des instants de frisson
Aux habits de lumièrePartout court l’émotion
En ce temple sincère.
De ce feu d’artifice
Aux prouesses féeriquesElle préfère le clown triste
Si humain sous ses tics...
Fiquefleur Equainville, le 31 août 1995.
Au bout du conte, on s’retrouve seul
avec l’estime de son prochain
qui font comme une claque dans la gueule
La belle au bois dormant ronfle et
Cendrillon s’est fracturée l’pied
quant à Blanche Neige elle est la tête
d’une minuscule maison d’retraite
l’histoire demeure mais n’a plus d’âmes
c’est du passé, Messieurs, Mesdames !
Dommage... C’était réconfortant...
14 décembre 1996
Eternité
Mon coeur est une maison aux mille fenêtres.
Parfois, l’hiver, l’été, l’une est ouverte...Beaucoup se reposent sur l’espagnolette
Certaines ont leurs volets fermés, discrètes,
Ou sont murées pour cause d’« absence de fête »...Ecrivez comme vous voulez : fête ou faîte...
Mille vues, mille reflets combien différents
Tel rayon du soleil sur un étangQui, fugace, présente, l’espace d’un instant,
Plus inconnu des recoins en gros plan
D’une beauté insoupçonnée l’éclairant
Avant de le laisser dans le néant
A l’exception du passant avisé
Qui gardera en tête, secret volé,L’image de cet endroit tant ignoré
Qu’il se refusera à communiquer
Car tous les secrets d’alcôves sont sacrés
Même quand la chute suit la félicité.
Mulhouse, le 9 juillet 1995.
Les billets doux
Ils ne se parlent plus
Ils échangent des billets
Et ces papiers informes
Qu’édite Son ExcellenceLa nommée banque de France
Chaque jour se transforment
Sous le poids des messages
Maintenant sans verbiage
Mais sonnant et atones
Je t’aime ou je te hais
Et c’est cent francs de plus...
Dans ce monde de déments
Il faut aimer l’argentOu se trouver au ban
De tous les sentiments...
Mulhouse, le 30 septembre 1995.
Le temps
Il est des moments où rien ne se passe si ce n’est le temps
qui va devant lui
sans même se soucier de nos destinées
ou de nos envies
qu’il nous semble long
qu’on le trouve trop court
qu’on repense au bon
à la fin des jours
il s’en fout, le temps !
Il est des moments où rien ne se passe si ce n’est le temps...
1996&2007
Bien sûr t’as fini seule le ch’min
le silence régnait au loinmais si le Ciel est ce qu’on croit
la sérénité vaincra
les tourments des blessures, des plaies
qui à ton lit te clouaient
Le Havre, le 14 novembre 1996.
Cheval blanc
Dans piano bar
il y a art alcools passions putains frissons
Tard dans le soir complètement noir
joueur de piano trouve son tempo
Il joue pour lui
se fout des bruits fourchettes assiettes
strass et paillettes
Et dans la nuit il s’engloutit
dans cette musique
qui le panique
1996©2007
Chienne de Mort
Malgré ton funèbre cortège
de solitude en décrépitudede consumance en déchéance
de larmes en flots de sanglots
t’enlèveras pas la neige
son brillant, sa blancheur sont plus forts
que toi, la Mort !
T’as beau lancer tes couteaux
l’amour dépasse l’enveloppe des peauxtes fléchettes peuvent griffer l’coeur
mais l’passé a tellement d’ardeur
qu’la vie continue son manège
où le soleil épouse la neige
et tant pis pour ta grisaille
t’atteindras pas leurs entrailles !
Le Havre, le 17 novembre 1996.
L’Héritage
Pas de bagarre entre nous pour trois francs six sous !
ça, je vous entends bien !
Peut-être pour moins...
J’ai vu des pécores, le Grand’Père pas mort !
Compter un par un billets,
Evaluer buffet...
Pour, le soir de l’enterrement, être loups hurlants
Par la seule peine causée
Par le mobilier
Le principal héritage réside en l’hommage
Qu’on peut rendre en pensant
A nous-mêmes, enfants...
Souvenirs n’ont d’ennemis que forte amnésie !
le mobilier pourrait bien brûler...
Mais pas les chansons d’hier et chanter ces airs
C’est bien plus vivant que meuble encombrant
Qui fait mausolée en salle à manger...
1994&2007
Saxophoniste
Saxophoniste,
Compagnon des jours
Bons ou mauvais, tristes...
Près de moi toujours...
Assis sur ta caisse, soleil en visage,
Avenue new-yorkaise... Tu joues, mais sans rage
D’un sourire heureux au saxo, du jazz...
Ces braves gens qui passent
doivent, piteux, se plier en deux
Jusqu’à ta sébile
Et en pleine ville !
Qu’importe la pièce ! Car toi tu n’as rien,
Des êtres humains pour qui ta musique
Restera gravée, Telle un coup de trique,
Dans leurs destinées...
Il leur restera comme un interstice...
Soleil ce jour là...
1994&2007
Le vent
Le vent danse dans les cieux, il réveille nos amis
Qui écarquillent les yeux pour mieux veiller sur nos vies
Et leur regard est si bref qu’il échappe aux hommes qui courent.
Le vent danse dans les cieux, c’est le chant de nos amis
Qui veulent envoyer leurs vœux à nous qui restons en vie
Pourtant ils ne sont pas morts, chaque jour à travers nous
Ils vivent et rient encore, même si ils sont Dieu sait où...
Treize ans plus tard au même lieu, on m’a appris ton départ
Vers nos amis dans les cieux la vie a perdu son fard
Soixante douze heures sans sommeil et ce vent n’en finit pas
Comme si mes amis d’en haut me soufflait « ne t’écroule pas »
Il aura fallu neuf mois pour réussir à écrire
Quelques mots sur cette nuit là, tempête dans mes souvenirs
Mont Sainte Odile
1994&2007pour les 3 premières §, 2007&Papa pour les 3 suivantes
Un an déjà...
C’est vrai qu’on ne t’a pas vu vieillir
Seulement banal cancer t’envahir
T’amaigrissant te transformant
La roue tournait pendant ce temps
Jusqu’à cette après-midi finale
Saint Valentin ôta ce mal
Pour ton soulagement et ta paix
Douze ans après, ton vieux complice
T’avait rejoint dans ces supplices
Qui le menèrent au réveillon
Le trente et un fin des violons
Au gui l’an neuf cinq orphelins
Assommés chacun dans leur coin
Auprès de leur mère ils pleuraient
1995©Charles
2007©Michel
Le bouquet
C’était le temps des fleurs pas chères
En les cueillant aux cimetières...
Bon, pour le choix, les chrysanthèmes,
C’était pas ça !
Mais le problème vient des familles,
Qui pensent si peu, dans leur bisbille,
Aux amoureux...
Moi je voudrais dans les cimetières
Des rosiers vrais en grands parterres
Que les jeunots pourraient cueillir
Pour les offrir
Aux fiancées
Qu’on nous pardonne ces fleurs volées...
1995&2007
On n’est jamais trop prudent...
Si jamais… la vie un jour m’échappe
Si jamais… je passais à la trappe
Sans avoir revu tous ceux que j’aime
Sans avoir dit « au revoir » même
Tout là-haut, nuage solitaire,
Tout là-haut j’épierai la terre
1995&2007
La Tremblade
Connais-tu la Côte Sauvage ?
gigantesque plage de sable à perte de dunes
Et de vagues plus hautes chacune...
Quand on met les pieds au bord
De l’eau, croyant qu’elle dort,
sable devient tourbillon
Autour des pieds, une prison...
Et mon passé y ressemble ! Quand il m’envahit je tremble
Devant ces vagues au galop qui murmurent : « salaud... salaud... »
Jusqu’à ce jour où suis allé
Avec loupiots émerveillés
Découvrir cette immense avenue
Où la nature nous a tant plu
1995&2007
Beaucoup plus tard...
C’était y’a très longtemps
Papa Maman
s’aimaient...
J’sais pas comment
c’était
Qu’est-ce qu’ils ont dû s’aimer
pour autant s’engueuler
Tu sais, ils sont supers,
tant mon Père que ma Mère,
chacun à leur manière,
mais moi
j’sais pas
Je ne sais pas
comment on s’aime
comment on vit
à deux...
ben moi c’est pas pareil
mon Papa ma Maman
ils s’aiment
deux fois en quarante ans
j’les ai vus mécontents
c’est peu
y a rien qu’est v’nu à bout
de leur amour même nous
leurs gosses
et même la mort n’a pas
gagné cette bataille là
pourtant là j’suis comme toi
vivre à deux moi j’sais pas
j’essaye depuis vingt ans
mais ça dure pas longtemps
1997&2007 pour les 7 premières §
2007© pour les suivantes
Bilan de santé
Après des séries d’examens
tous plus ou moins malsains
les médecins ont décrété
que je suis en bonne santé
Il n’y a donc que chagrin
pour bloquer mes intestins
Y a quand même des trucs marrants !
janvier 2007
Perdu, pendu, y’a qu’une lettre qui change !
Et une corde, j’oubliais !
Mais moi, je veux pas mourir !
Je veux vivre VRAIMENTarrêter de me fuir
être entouré d’enfants
de toutes les couleurs
comme les guirlandes à Noël
le miel aux mille fleurs
ou les arc en ciel
Le Havre, le 04 mars 1997.
Sur la route !
Et maintenant, sur la route !
au-delà de l’Au-delà
Pour bagages confiance et doutes
dans mon long chemin vers Toi
Quel tourbillon que ce vide
ce siphon de l’intérieur
Douceurs douleurs et rides
fleurs nourries de tant de pleurs
Noyé de souvenirs
flétri par ces bonheurs
avec mal je respire
brûlures que ces chaleurs
Et ces présences oubliées
qui gesticulent autour de moi
au mépris de ce passé
qui ne les concernait pas
Reconstruire la maison
avec ceux qui l’ont détruite
à coups de béliers, d’huissiers,
de procès, de déraisons…
afin qu’un jour elle abrite
nos enfants et leurs puis-nés…
Tâche ardue hors de ma vue
Challenge qui me dérange
Et ceux qu’on désaime le plus
sont peinés comme des anges
Leur tristesse est sincère
mais c’était notre Père
ce chêne hier abattu
Et ma raison n’est plus
aussi généreuse
quand elle est malheureuse…
Villerville, 7 janvier 2007
L’église était pleine, un peu comme à son mariage. Sauf que, là, il était le seul à attirer les regards, trônant devant l’autel. Faute d’en avoir eu l’idée, aucun marchand n’avait proposé d’ouvrir une liste de décès. C’aurait pourtant été sympathique, de caler le corps avec les derniers cadeaux des survivants ! Ah, vrai, que de monde pour cette dernière réunion de famille ! Et tous là pour dire du bien de lui... Enfin, dans l’immédiat... Même le prêtre... Et pourtant, il en sait des choses ! Que le secret de la confession doit être lourd à porter dans certains cas...
Un petit vent frais soufflait dans le cimetière, séchant les larmes des invités. A l’abri dans sa caisse en faux chêne, le maître des lieux surplombait l’assemblée. Dans ce genre de déménagement, on ne pend pas la crémaillère.
Quand la terre retomba sur le cercueil, il lui sembla que chacun lui donnait une tape sur l’épaule avant de le quitter. C’aurait presque été convivial, s’ils n’avaient pas scellé la porte en partant. Allez savoir quand aura lieu la prochaine visite, et qui viendra s’en reposer sur moi...
Le Havre, le 17 mars 1997.
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